Hyperphagie, manger pour oublier

ÉCRIT PAR: Marie-Claude Forest, 2010-01-29 20:44:00

L'hyperphagie est une trouble méconnu et malcompris...
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«Je dirais que je suis trop et que j’aimerais être rien», annonce d’emblée Monica Harvie lorsqu’on lui demande de décrire la perception qu’elle a d’elle-même. Cette jeune femme souffre depuis plusieurs années d’hyperphagie, un trouble alimentaire qui atteint près de 3% des femmes âgées entre 20 et 40 ans, à Montréal.

Contrairement aux autres troubles alimentaires, cette maladie est aussi présente chez les hommes, à quelques dixièmes de pourcentage près.

Selon le Dr. Howard Steiger, chef de service de l’unité des troubles alimentaires de l’hôpital Douglas, l’hyperphagie est un trouble dans lequel la personne vit une perte de contrôle terrible concernant l’appétit. C’est donc dire qu’elle s’empiffre à travers des crises de boulimie de répétitions, sans compensation.

«C’est comme si on avait pas de fond. La différence entre l’hyperphagie boulimique et la boulimie c’est qu’on ne provoque pas de vomissements et on ne se purge pas», explique Micheline Charette qui souffre d’hyperphagie depuis près de sept ans.

Lors des crises qui se qualifient d’orgies alimentaires, les personnes atteintes d’hyperphagie peuvent ingurgiter un nombre incommensurable de calories provoquant ainsi une prise de poids rapide.

«Le but ultime de tous les troubles alimentaires est de perdre du poids et dans l’hyperphagie, tu t’organises pour que ça arrive surtout pas, c’est à se demander pourquoi on fait ça», se questionne Monica.

«Ce que les gens ne comprennent pas, c’est ce que l’on consomme n’est pas qu’un morceau de gâteau, c’est le gâteau au complet. C’est de l’excès, c’est de l’abus, c’est de l’orgie», s’exclame avec émotion Mme Charette qui affirme constater une grande incompréhension au sein de la société et même de son entourage.

Pourtant, 30% des gens qui souffrent d’obésité peuvent démontrer des excès alimentaires, des comportements qui cachent un mal-être et un désespoir immenses qui mènent immanquablement à un état dépressif.

«C’est ça l’hyperphagie, c’est une façon de se bercer, de se réconforter, de rendre la vie possible», conclut Mme Alison Hackney, 56 ans, qui lutte contre l’hyperphagie depuis 40 ans.

Pour le moment, l’Association Québécoise d’aide aux personnes souffrant d’anorexie et de boulimie (ANEB) est le seul organisme qui offre une aide spécialisée pour les personnes atteinte d’hyperphagie. D’ailleurs, une ligne d’aide est mise en place : 1 800 630-0907.

Dans le cadre de la semaine de prévention des troubles alimentaires, Canoe.ca a rencontré trois femmes atteintes d’hyperphagie afin de démystifier cette maladie méconnue.

Voici nos trois vidéoreportages
Hyperphagie: manger pour oublier
Hyperphagie: un mal incompris
Hyperphagie: le cri d'alarme

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